La bataille de Jebel Harraba marqua profondément Thala et les villes dites « sœurs », une nouvelle organisation de la vie sociale vient de voir le jour. Aussitôt les
festivités et le sacrifice de bêtes terminés, un nouvel ordre vient de naitre, un nouvel homme fort dont la popularité a grandi orienta le conseil des sages vers un système de gouvernance inconnu
auparavant.
En ce jour d'automne de l'an 5 399 Av J.C Takmat prononcera un grand discours devant le conseil des sages qu'il a convoqué pour fixer la répartition des nouvelles tâches et la
désignation des responsabilités de chacun ; d'habitude le conseil se réunit informellement tous les soirs lors des palabres quotidiennes et inopinément pour décortiquer un sujet
intriguant ou pour résoudre un différent très grave.
coururent en sautillant avec des pas géants puis plongèrent dans le lac ; avec les lames de silex attachés à leurs pieds et à leurs coudes, ils éventrèrent les crocodiles et poussèrent
Char hors de la vase et de l'eau tourbillonnante. Char sauvé et reconduit à Thala, récompensa tout le clan, il leur offrit sa réserve de nourriture, une centaine de peaux de
zébus, des dizaines de défenses d'éléphants, vingt une dent de scie de tigres géants, il les dota du pouvoir exceptionnel de respiration sous l'eau.
Takmat est le descendant direct du clan des hommes dits « grenouilles » en référence aux habitants de la plaine juxtaposant Boulahnache jadis inondée par
les fleuves Oued As Sikka et Oued Atbia et Oued Serrat, une terre riche, poissonneuse, fertile et pleine de gibier, la demeure des crocodiles, des hippopotames, des lions et
des cerfs (actuellement habitée par les « Saïdi »). La légende associe aux hommes grenouilles leurs capacités à vivre sous l'eau comme sur la terre ferme, un don qui leur a été
offert par Char le demi-dieu Thalois quand il fut pris dans le tourbillon du lac situé jadis entre Jebel Ar-wis et Jebel Boulahnache, au moment où il se noyait entouré
par deux crocodiles géants qui attendaient sa fin, deux vigoureux chasseurs qui ont observé la scène
Takmat au courage indescriptible, a la force de cinq lions et de cinq ours, il peut lutter seul contre ce nombre de bêtes et les vaincre tout en usant de la ruse, de la force et des cris
terrifiants qu'il pousse quand il entre en transe de lutte ; la tragédie vécue par Thala l'a beaucoup marqué, il a perdu six membres de sa famille dont sa première épouse qu'il
adorait à la mort. Il avait juré de poursuivre les ravisseurs et de les punir, il l'a fait, il avait juré de défendre sa ville, c'est ce qu'il compte faire et personne ne peut l'empêcher sauf les
femmes du conseil qui pourraient mettre son projet en péril.
Pour assoir son idée, il passa de maison en maison, il exposa son projet aux femmes, qui étaient les chefs de familles et qui avaient le pouvoir de refuser ou d'influencer, il insista sur le fait
que nul changement dans l'ordre social n'aura lieu (par allusion au statut matriarcal, d'ailleurs lui-même ne savait pas s'il puisse exister un autre mode ou un autre statut social), il s'attarda
sur le fait que la cité a besoin d'un défenseur puisque les dieux semblent démissionner de ce rôle du moment que des étrangers ont trahi l'hospitalité et ont massacré une centaine de
Thalois sans que personne ne s'en rende compte et en particulier le conseil auquel il en veut , la cité a besoin d'un homme fort qui puisse organiser et veiller à la mise en place d'un
système de défense qui profitera à tous les habitants et à leurs réserves de nourriture.
Le lendemain, devant le caroubier qui dominait la grande hutte du conseil (sorte de forum, actuellement l'endroit sur lequel repose la mosquée Alkadiria) les Thalois avertis la
veille par le Bouhali (le fou) commencent à affluer, le cercle du conseil commence à prendre forme dès les premiers rayons du soleil ; les femmes occupent le premier rang, les
hommes aiguisés par l'âge et l'expérience s'accordent le deuxième rang et tous les hommes et femmes majeurs qui ont réussi le rituel de passage de l'enfance à l'âge adulte s'assoient en tailleur
au troisième et au quatrième rang. Les enfants ne sont pas admis mais sont sollicités pour assurer la corvée d'eau qu'ils dispensent dans leurs Guerbas (outre fabriquée avec une
peau de chèvre dépiautée sans qu'elle ne soit éventrée, tannée à l'intérieur par la poudre de l'écorce de chêne puis cousue et enduite de Qatran (huile de cade) constitue un récipient
naturel bio et parfait pour la conservation de la fraicheur de l'eau aromatisée au Qatran sous les chaleurs torrides d'été sans recours aux frigos).
Au départ, l'enceinte du conseil a été construite en moellons en forme d'un cercle fermé de deux coudes de hauteur afin de se protéger des attaques animales fréquentes. Par matinées
ensoleillées d'hivers, lors des après midi du printemps, les Thalois s'y réunissent, et en été y veillent durant les longues soirées. Sans sujets spécifiques, ils viennent se raconter
leurs histoires de prodiges de chasse, faire le troc entre eux, consulter le guérisseur, partager les découvertes de nouveaux espaces mais aussi tuer le temps d'inactivité en s'entraidant à
sculpter un os ou un silex.
Le cercle devint un espace de réunions où se dénouent les différents entre membres de la communauté et le lieu de débat public suite à un évènement tragique que connut le village une nuit
d'automne de l'an 7500 av J.C quand une horde d'ours s'est attaquée au village et a tué une dizaine d'enfants, six femmes et quatre hommes ; les Thalois ont passé trois jours de suite
dans l'enceinte du cercle à débattre du drame, ce débat leur a inspiré un nouvel type d'habitat doté de portes d'accès à la case et a permis la mise en place d'un système d'alerte précoce
assuré par des volontaires postés en gardiens dans les points stratégiques de la cité.
La notion de cercle fut empruntée au disque solaire, les Thalois élevèrent une colonne sur le côté Est pour surveiller les équinoxes lors desquelles le soleil se lève exactement à
l'Est et se couche exactement à l'Ouest ; chaque printemps, le vieux sage dirige un rituel qui se prolonge trois jours de suite durant lesquels les Thalois se partagent nourriture,
boissons, habits, plusieurs alliances se scellent dans la joie festive, la cérémonie est continuée sur les flancs de Koudiet Oum Alhirane en hommage à Zelf la protectrice.
Simzart, qui revint d'un séjour de trois mois à Cirta en cette année 5423 av J.C (l'actuel Le Kef, Tunisie) fut émerveillé par l'organisation matérielle
des assemblées des Cirtois qui ont construit une citadelle pour abriter les réunions et servir de demeure aux sages de la ville. Il eu l'initiative d'annexer au cercle du conseil
découvert, une antichambre couverte qui sert de parloir et d'abri après les longues nuits de palabres.
Les Thalois accordaient une importance à cet édifice qu'ils lui consacrèrent un intérêt particulier, ils l'ornaient de tous les objets qu'ils jugeaient de valeur, on y trouvait entre
autres les belles nattes faites de peaux d'ours, de lions, de zébus et de laine, les derniers outils inventés, des ustensiles... la règle était simple, tout ce qui ornait le cercle était un bien
communautaire, bref, l'orgueil de tout le monde.
En ce jour d'automne de l'an 5 399 Av J.C, Takmat fait distribuer par ses femmes et ses enfants des mets de viande séchée enduite de miel et du lait frais, toutes les personnes
présentes en ont eu mais ont été surprises de l'acte puisque d'habitude elles viennent avec leurs provisions à l'exception de l'eau. Ce geste que Takmat a emprunté au vieux Hibsal
de Zama marqua les esprits et lui valut tous les honneurs avant même de prendre la parole et d'exposer sa proposition. Le Politique vient de naitre à Thala et le
Politicien vient de se distinguer du simple citoyen...
Avant l'ouverture de la séance, il était d'usage qu'une femme parmi les plus actives, ayant enfanté et ayant réalisé des exploits fasse louanges aux dieux et fasse le tour de l'enceinte
pour la parfumer d'encens en les brulant dans la pomme de sa main gauche, elle devrait faire preuve de force car la moindre manifestation de douleur est une mauvaise augure qui annule la tenue du
conseil. Ce matin, c'est Fara qui se chargea du rituel, vêtue d'une robe en cuir très fin et souple de couleur pourpre fondue sur le devant et d'une ceinture de peau de lion attachée à sa
taille, ses cheveux dorés se dégagent sur ses épaules ; la paume de sa main gauche tendue vers le ciel et dégageant une fumée bleue parfumée ressemblait à une torche dirigée vers les cieux
implorant la bénédiction divine, Fara telle une tigresse dans ses élans tourne dans l'enceinte, sa forme opulente et son élégance lui donnent l'allure d'une divinité à la forme humaine,
elle synchronisa ses gestes et ses paroles dans une danse mystique et magique qui obligea un silence absolu parmi la présence. Quand tout l'encens s'est consumé, elle regagna le parloir, tourna
sa main fumante vers le public, s'agenouilla tête levée vers le ciel jusqu'à ce que Simzart lui releva la main gauche noircie en guise d'approbation, elle a parfaitement parlé aux dieux
qui n'ont pas manifesté leurs refus qui le font d'habitude en semant la peur et les douleurs dans l'âme du prieur qui à son tour le dégagera par des cris et des gestes tordus.
La foule qui d'habitude bruyante se fait attentive et calme, Simzart remercia les dieux et les ancêtres d'avoir écouté leurs prières et remercia Takmat pour sa
générosité, il fit état des choses, il rappela les événements tragiques qu'a connu la ville et s'attarda sur l'exploit de la bataille de Jebel Harraba puis finit par inviter ses
concitoyens à prêter une oreille attentive à Takmat.
Takmat, chasseur de grande réputation et guerrier qui vient de prouver ses capacités dans la bataille de Jebel Harraba, est aussi un orateur éloquent, avec
Quentar n'a-t-il pas rallié les Mactaris et les Zamayens à sa cause en usant de la force du verbe et des offrandes bien ciblées, n'a-t-il pas vaincu les agresseurs et libéré
les Thalois captifs ; il se leva au milieu du parloir, à sa gauche le grand Quentar, à sa droite Mazi le vigoureux, il contempla droit dans les yeux toutes les personnes
assises dans le cercle et commença à parler...à suivre...
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