Petit pays, Grande histoire
Auto-Récit d’un village, Thala-Tunisie (6)
Introduction au récit, part I : les géants du ciel
Bonjour et/ou Bonsoir toutes et tous,
A celles et à ceux qui ne savent pas qui je suis, je me permets cette petite introduction :
Dans les écoles, ils nous parlent des séismes et des volcans comme étant les phénomènes naturels mécaniques, et physiques qui se perpétuent dans la planète à cause des pressions et des mouvements des plaques tectoniques, et qui sont ravageurs et destructeurs, moi, j’en sais quelque chose. Les séismes et les volcans façonnent le monde, refont les reliefs et dessinent les frontières. Moi, j’en suis pas née aisément, il a fallu des milliards d’années pour que je me rattache au continent grâce aux séismes et d’autres milliards pour qu’un énorme volcan me fasse surgir des fonds de l’océan et me colle à l’Atlas et encore des millions d’année pour respirer une atmosphère vivable.
Je suis Thala, un petit enclos dans un petit pays de la méditerranée, la Tunisie, ce petit morceau de terre où dix millions de cœurs battent ensemble et respirent le romarin et le thym, un si petit pays par sa taille mais si grand par son histoire.
On racontait qu’un géant du ciel qui gardait la terre dans son orbite, a vu le continent africain dériver vers le continent américain, il n’a pas apprécié, alors, il l’a saisi par le bout et l’a soulevée, il en a fait tomber des humains, des plantes, des animaux sur l’Amérique et l’a remis en place mais l’a attaché à l’Europe par un petit point de soudure en argile. La copine du géant, qui l’observait, voulu remettre sa liberté à ce continent Africain, alors elle attendra des millions d’années (quelques minutes pour les géants) et quand son copain s’endorme, elle détacha l’Afrique en pinçant l’Europe par le bout du doigt pour en dessiner l’Italie, elle détacha quelques petits morceaux, la Sicile et quelques poussières de terre pour en faire des poses-pieds. Ainsi la Tunisie prendra sa forme et l’Italie la sienne. Elle regarda longuement, elle constata que d’énormes et pesantes montagnes s’entassent sur le dos fragile de ce petit pays naissant, elle en décida de le soulager, ainsi, avec son pouce et son index, elle déplaça les Alpes vers le continent du nord et traça l’Atlas, accidenté à l’Ouest mais doux et clément à l’Est où elle m’installa sur les montagnes du Haut Tell Tunisien en étalant les plaines de la Medjerda à mes pieds. Ainsi je naquis.
Regardez de quoi je souffre, cette insouciance totale..Où mènera-t-elle ?

Ils sont généreux mes enfants, et sont beaux mes enfants parce qu’ils arrivent à se frôler un chemin dans un contexte stérile et difficile, ils réussissent
et tue les micro-organismes, les plantes et les humains. Elle est aussi dangereuse qu’une usine d’enrichissement d’uranium. Les autorités ne font rien, et quand ils s’en rendront compte ce sera
trop tard… Où est le ministère de l’environnement ?
carrières de pierre marbrière, désastre au pluriel, un paysage qui vous fera vous croire dans
une zone post-guerre nucléaire, mais qui en parlera ? Où sont les normes et les cahiers de charges ? Où est le ministère de l’environnement ?
J’appelle votre imagination pour deviner comment j’étais
quand je fus jeune. Perchée sur le point culminant du haut Tell, ma chevelure en forêts de pins d’Alep, de chêne vert, de philaire, d’arbousier, de globulaire, de lentisque, de romarin, de
calycotome, de cyprès, de ciste et de genévrier de Phénicie. J’étais la plus belle et la plus heureuse car à mes pieds s’étendent les vastes plateaux et marécages où dansent les dinosaures. Je
suis le passage obligée de ce nord riche et orgueilleux vers le sud comblée par sa beauté et sa chaleur. L’homme, en quête de sécurité a trouvé refuge dans mes entrailles, il s’est installé chez
moi il y a des millions d’années car il a compris qu’en me choisissant comme domicile, il dominera tout ce qui m’entoure, toutes ces vallées allant jusqu'à la Medjerda au Nord et aboutissant aux
steppes du centre au sud.
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