Partager l'article ! Thala, activités d'hiver: L'hiver masque la vie qui grouille sous le brouillard et sous les nuages, tout se ressemble et tout se confond : ...
Asslama,Bonjour
Thala تالة dévoile sa beauté et ses secrets, parle de son vécu, de ses moments de joie et de sa détresse.. Thala vous invite à la
découvrir...
Je suis Thala, une petite région sur la carte de la Tunisie, j'y suis née dans ses entrailles, mon histoire est la sienne, et, son histoire, j’en ai participé activement et fièrement.
Construite il ya 50 000 ans au moins, je fus un centre stratégique et névralgique pour tous ceux qui se sont succédé sur le pouvoir en Tunsie de par ma situation géographique qui domine les plaines des fleuves Mellegue et Serrat et de par ma position sur le croisement des routes, de par les richesses agricoles et minières de toute la région et de par la richesse des humains que j’abrite, par l'ingéniosité de mes femmes et de mes hommes, leur hospitalité, leur générosité et le pacifisme qui est leur code d'honneur.
Parceque je fus depuis 1956 momifiée par le régime de bourguiba et spoliée par celui de ben ali, je n’existe que sur les cartes des pilleurs de trésors et des richesses naturelles mais grâce au sang de mes martyrs je renais et j’aspire à me faire découvrir par le monde…
Songez à passer, à sentir la sueur paysanne parfumée de romarin et à gouter le bonheur des moments diversifiés...Vous expérimenteriez par vous même l'accueil chaleureux de ce Tunisien qu’on a éloigné et caché il ya 55 ans....Essayez...vous ne le regretteriez jamais...
L'hiver masque la vie qui grouille sous le brouillard et sous les nuages, tout se ressemble et tout se confond : les gestes et les paysages, les habits et les habitudes, les airs et les parfums. Tous les jours, dans le noir absolu et avant l'aube, une dizaine de Mouazens bien emmitouflés (ceux qui appellent à la prière) prennent d'assaut leurs mosquées respectives ; quelques trente minutes après, une vingtaine de commerçants s'apprêtant à se disperser dans les villages et villes voisines, animent la rue principale avec le rugissement des moteurs de leurs 404 Peugeot bâchées et s'activent dans les premiers « cafés » qui viennent d'ouvrir ; quelques « louages » (minibus aménagés en taxis de longues distances) viennent se rajouter à cette activité naissante. Les bruits s'entremêlent, le ronflement des moteurs, le son envahissant des hauts parleurs récitant le saint coran et les chants religieux mélangés à la musique s'émanant des « cafés », le tout balayé par le vent et dispersé dans la ville.
Quelques silhouettes se faufilent et se dégagent des quartiers arpentant les gradins naturels mal éclairés, ils se succèdent dans la rue, ce sont les habitués matinaux de tous les jours , ceux qui se rendent au Hammam (bain maure) et ceux qui sont fidèles aux prières matinales ; vers cinq heures du matin ou presque, quelques voyageurs solitaires, au nombre des doigts d'une main, se fondent dans les « louages » (mini bus de transport de passagers reliant les villes et la capitale) et attendent avec la patience des prophètes le remplissage de la voiture .
Le jour se dégage du noir peu à peu, les taxis provinciaux « Nakel Rifi » (camionnettes de fortunes transformées en micro bus font office de relais entre la ville et les villages avoisinants) commencent à se pointer dans les deux principales stations, la première en face de la rue sous forme d'escabeau qui monte vers Najaria (premier quartier construit il y a 50 000 ans sur une colline accidentée garde toujours les traces de la résistance de Thala à l'assaut de Metellus en 108 av J.C dans sa guerre contre Jugutha sur le monticule appelé de nos jours Koudia Al Hamra) et la seconde autour des ruines romaines en face de « Houmet Boulaaba » (quartier en prolongement de Najaria construit en amont de Ain Thala autour de la quelle les premiers hommes se sont sédentarisés il y a plus de 50000 ans) , elles déversent des élèves et des personnes qui viennent pour multiples raisons, qui pour se faire consulter à l'hôpital, qui pour s'approvisionner, qui en transit vers une autre destination, qui pour visiter des parents, qui pour une affaire administrative, qui pour un dossier foncier au tribunal, et qui pour rapporter des faits aux responsables locaux.... Les mêmes micros bus chargent les instituteurs qui passeront la journée à bourrer les petites têtes dans les diverses écoles rurales.
Rue en escabeau qu'il faut échafauder pour atteindre le coeur de Najaria
L'activité s'intensifie avant le lever du soleil qui tarde durant les mois de Novembre à Mai, les enfants, qui sans eux la ville ne serait pas construite, écoliers et lycéens animent les rues et
créent le vacarme paradisiaque, leurs petites disputes, leurs rires, leurs courses aux pas pressés, leurs bousculades, leur charme embellit la ville et l'oblige à se lever...Les boutiques
commencent à ouvrir leurs portes dans un désordre temporel et dans un climat frigide né du froid glacial qui gouverne Thala et ses murs, des fumées aromatisées à l'odeur de la graisse émanant des
gargotiers collés dans la ruelle en face des ruines habillent le ciel du souk et invitent les nez gourmands au merguez fait d'abats de mouton et aux Sfafed (Brochettes) faites de petits morceaux
de foie et de graisse.
Il n'est pas encore huit heures du matin et les « cafés » deviennent comme tous les jours le refuge de tout le monde masculin du froid et du chômage, on y consomme du café chicoré et du merveilleux thé à la menthe qui n'a pas d'égal en gout et en saveur dans toute la Tunisie et on y joue aux cartes sans oublier les accros qui s'y fixent pour s'adonner au bonheur et au plaisir mortels de la Chicha. Toutes les rencontres et toutes les affaires se traitent dans les « cafés » au prix d'un thé, c'est l'endroit unique et l'espace disponible pour toutes les discussions ; les Omdas (représentant officiel de l'administration, est la personne la plus proche des populations tant rurales que citadines. Responsable de la plus petite unité administrative est le personnage incontournable par lequel passent les aides de l'Etat, les revendications des populations, il est aussi les yeux et les oreilles de l'administration) reçoivent leurs citoyens pour diverses questions administratives au « café », les associations se réunissent aux « café », les chômeurs passent leur journée au « café », les maçons recrutent leurs manœuvres dans les « cafés », les affaires de commerce de bétail ou de contre bande se traitent et se décident au « café », bref, la vie se façonne au « café » ... Le jour fait son premier quart de tour sur la voie aigue du Barreh (Annonceur ambulant utilisant son unique voie pour annoncer une vente, un décès, une réunion, une festivité, une déclaration de perte d'objet etc...) chantant l'arrivée du poisson frais, le va et vient se dessine et le désordre total des voitures bâchées, de tracteurs agricoles et de quelques voitures rend difficile la circulation.
La rue principale en plein jour
Tous les jours, les trottoirs sont pris d'assaut, ils deviennent les terrasses de « cafés », des étaloirs de marchandises, de fruits et de légumes, des parkings ; les piétons,
obligés, se partagent la voie avec les véhicules, Tous les jours tu passeras dans cette principale rue, et tous les jours tu verras les mêmes personnes assises à te regarder et à scruter tes
moindres gestes mais tous les jours tu leur lanceras mille fois « Salamou Alaykoum » et ils te répondront mille fois «Wa Alaykoum Assalam » puis s'emballeront à
t'écorcher ; ta vie, ton entourage, ta situation et ton statut social leurs inspireront des interminables sujets de débats ; ainsi chaque passant est répertorié et passé au
crible ; rien ne leur échappe...Il y a palabreurs et palabreurs, il y a ceux qui critiquent négativement tout le monde et inventent les histoires les plus dégoutantes sur quiconque
passe dans le champ de leur vision ; ils ne sont pas nombreux, ils sont connus de tous et ne sont pas fréquentés ; il y a aussi ceux qui sont modérés mais ont toutes les informations
sur tout ce qui bouge, ils te parleront de choses que tu as oublié, ils sont au courant des intimités et de se qui se passe dans les foyers et partout, ils sont simplement terrifiants ...Il y a
d'autres et d'autres qui passent tous les jours à tourner le même disque, il y a ceux qui ne parlent que de la richesse des autres et imaginent leurs sources, il y a ceux qui ne discutent
qu'autour des carrières de pierre marbrières, il y a ceux qui commentent interminablement les événements sportifs, il y a ceux qui ont les yeux rivés au ciel et commentent chaque nuage qui passe
et se croient avoir le savoir des agronomes les plus érudits, il y a ceux qui se tapent les jeux de cartes à la longueur de la journée, principalement des enseignants, et tournent autour des
primes de rendement, des notes d'inspections, des tempéraments de leur management ; il y a ceux qui du matin au soir occupent quatre « cafés » de la ville à se déplumer entre
eux avec des jeux de cartes où les paris et les mises pourraient atteindre des sommes très importantes et il y a ceux n'ont pas le prix du thé et s'adonnent au Hitisme (fait de passer
le temps adossé à un mur, le phénomène prend de l'ampleur et touche toutes les tranches d'âge), peu sont ceux qui exercent une activité, ou ils sont employés comme des bagnards dans les
affreuses carrières d'extraction marbrière, ou dispersés dans les quelques chantiers privés de construction, ou fonctionnaires dans les quelques administrations locales, ou...ceux conduisant
quelques chèvres ou brebis à travers les rues leur ouvrant les portes paradisiaques des poubelles et des plantes hasardeuses...ou...rien...rien...et, il y a ces quelques exceptions qui dorent et
béatifient la rue et lui soufflent un air d'allègre dont « Bousayri », ce quintagénaire, chômeur par naissance et par héritage mais débrouillard par instinct, intelligent par
excellence, humoriste surdoué et sans égal dans toute la Tunisie, un rescapé du destin, a vu toutes les misères et a vécu tous les sinistres, a grandi dans la rue et gouté de tous les plats de la
vie d'errance, un homme de cœur, a toujours donné et partagé, un homme de parole, il ne passe jamais inaperçu car il a la langue farouche et a la réponse à toutes les situations, s'il parle, il
ne s'arrête jamais, et quand il parle il fait rire et réfléchir ; il y a aussi « Biza » un autre phénomène qui gouverne la rue de Thala autour du « café Al Hadj
Mounawar » et « Amor dit Khamjoun » qui a élu le « café Bel Abed » et « Hatem dit Al Kaawach » qui a rallié son humour à la passion des oiseaux, tous sont
l'éclair de rire et de franchise au milieu de la misère qui coule sur les deux rives de la rue principale.

Le Hitisme est pratiqué par toutes tranches d'ages......
Le jour se dégage dans le froid et le froid dégage le mouvement des petites foules vers dix neuf heures à l'exception des derniers clients de l'unique bar de la ville qui n'est qu'un garage
aménagé pour servir grotesquement ceux qui ont eu l'envie de s'y aventurer au risque d'être malmenés par le serveur ou brutalisés par le voisin de la table qui a trop bu. Le vent et les voies
entremêlées des appels à la dernière prière balayent la rue déserte pour qu'une nuit fasse naitre un autre jour dans le même rituel et le même décor jusqu'à ce que le mois de juin vienne
bouleverser l'ordre établi. Il n'y a plus de printemps à Thala, l'hiver maintient son assise sur la ville et son entourage de Novembre à Mai ; en Juin, l'été arrive brusquement dictant son
verdict de chaleur intense le jour et de fraicheur agréable le soir, Thala s'épanouie et se laisse emporter par les joies des moissons et des festivités des mariages.
Il y a cinquante ans, la vie à Thala était agréable, la ville avait son charme et avait ses activités saisonnières et son étendue administrative mais depuis qu'elle fut réduite à une simple délégation en 1956 en sanction à l'appartenance de bon nombre de ses citoyens au mouvement Youssefiste et aux Fellaguas elle ne fut que se dégrader alors que des petites bourgades inexistantes ont fleuri et ont profité des gigantesques investissements publics. Thala reste un endroit exceptionnel pour l'exception de son climat, de son relief mais aussi pour l'exception du Thalois, ingénieux, intelligent, patient et gardien du code d'honneur qu'ont instauré les ancêtres, à savoir, la générosité, l'hospitalité, la solidarité et la franchise.
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