Thala, submergée
Auto-Récit d’un village, Thala-Tunisie (10)
Introduction au récit, part I.4 : Thala, submergée
Mon histoire avec la vie commença par une danse…en attente de cet être si précieux que tout l’univers espère…Cette créature qui donnera un sens à mon existence…
Moi, Thala, cette région de Tunisie, je me souviens de ces moments de bonheur, moments inoubliables…J’étais au fond du grand océan, un gouffre sans fin, une immensité couverte par les eaux acides, un noir absolu qui nous a englouti durant des millions d’années, des courants marins très forts, fous furieux, rapportaient de tout, comme on ne voyaient rien, on ne sentaient que les collisions des montagnes de boues gluantes, on ne pouvaient que crier sa douleur en grinçant mais aussi on murmuraient entre nous, on essayaient de deviner s’il existe un dehors, et s’il existait, y aurait –il des terres semblables à nous, et s’il y avait, de quoi avaient elles l’air, si elles enduraient les mêmes supplices, quand soudain une lame immense de boue me fissa frémir et me bouscula puis se détacha brusquement ; je la grondât et la menaça, je devrai le faire puisque c’était la règle, une lame de boue qui se refugia chez toi n’a plus le droit de te quitter sauf si les géants ne la déplacèrent eux-mêmes ; elle s’excusa, en lui demandant son origine, elle se déclara ayant été arrachée à l’ile de Kasserine et qu’elle devra se diriger vers le sud. C’est quoi l’ile de Kasserine ? Tristement, elle répondu que c’est une immense masse de terre balayée par les flans dévorateurs et les vents destructeurs flottante sur l’océan en quête d’un asile… Donc il y a un autre monde, un autre milieu, autre que sous les abimes des eaux mortelles…elle quitta sans rien dire…
Moi, Thala, cette région de Tunisie, avec les autres terres engloutis, commençâmes à vivre l’espoir de voir cet autre monde… Notre attente dura et dura quand ce fut ce moment ; tout semblait se déchirer et exploser, d’énormes explosions qui provenaient du fond, des séismes qui creusaient de gigantesques failles entre les terres, une panique indescriptible, une horreur et une bousculade qui dura des milliers d’années…Les eaux des océans commencèrent par se retirer, je me vois de jour en jour de plus en plus libérée et asséchée, une étrange lueur vint nous caresser, je ne la connaissais pas, non plus mes voisines ; « c’est la lumière, oui la lumière murmura une lame de boue entrain de mourir sur mes flancs, tu sera une ile toi aussi, tu sera terre toi aussi et tu enfantera, c’est ce que se racontaient les géants »…
Ce fut un moment de bonheur qui dura…Je me dégageai de peu à peu des abimes des océans, cette lumière brulante assécha les boues autour de moi jusqu’ à ce que ce fut le jour où mon géant protecteur dessina mes allures et me rendit belle et dominante…Ainsi je devins Thala, cette région qui couvre un terrain immense… J’étais capricieuse et audacieuse, j’eu le courage de demander à mon géant protecteur des faveurs qu’il m’accorda sans hésitation, il me fallut des anges gardiens, alors il me dessina Djebel Boulahneche au Nord avec la superbe muraille du Sraa wartane, à l’Est, il façonna El Hemed, Al Ouyoun et Djebel sidi Mabrouk, à l’Ouest il me dota de la chaine fortifiée de Sif Al Enba et Lajred et au Sud Biranou mon gardien docile ; il m’accorda des plaines étendues que surmontai et que je gardai avec la fierté d’un être comblé. Ainsi mon bonheur commença et mon histoire alla débuter…
Jadis submergée par les marais, actuellement par cette pollution..Et si cette usine de chaux qui cause ma mort disparaisse…..