Ancetres et Divinités de Thala

Publié le par Thala, Talah et Thela actualités news et histoire

Les deux silhouettes de Gountas et Takmat s'éclipsèrent dans le noir, les deux hommes suivis par trois chiens atteignirent le Rocher du Doute (appelé depuis 50 années « villa Birsis » sur le flanc du mont Nadhour de Thala) dans le silence ; ils s'y installèrent l'un en face de l'autre. Gountas ne prononça rien, il scruta le ciel durant un bon laps de temps regardant les étoiles trôner, quand il vit scintiller l'étoile qui conduit le cortège vers l'Est (vers la constellation de Cassiopée), il se leva, ramassa des brindilles, des feuilles mortes et du petit bois et en alluma un feu qu'il ranima avec des branches de romarin qu'il saisit à portée de la roche ; Takmat se résolut au silence comme il est de coutume quand Gountas commença le cérémonial de la consultation. Il se mit à tourner autour du feu et de Takmat en récitant des paroles indéchiffrables et en ravivant le feu avec les encens, sa voie se ravivait aussi au fur et à mesure que le rythme de sa dance s'accélère, l'atmosphère se chargea de mystères au point que même les animaux sauvages de cette forêt se cantonnèrent au silence absolu ; les chiens ne faisant plus de bruit et une douce brise caressa les branches de pin et fit étinceler le feu. Gountas saisit l'index gauche de Takmat et lui fit une brèche avec son couteau, versa le sang qui s'écoula sur le feu puis ordonna son sujet à tourner au tour des braises sept fois en se prosternant et en implorant les ancêtres puis le fit assoir à genoux la tête tournée vers l'Est, il le tapota dans un rythme religieux avec sa canne sacrée puis le releva et lui fit part du verdict :

 
   Façade Ouest de Nadhour_Thala: Le Rocher du Doute ou comme appelé actuellement Villa Birsis est cet enclos entre les roches de la strate marbrière


«Cher Takmat, les ancêtres ne nous ont jamais abandonné, leurs esprits vivent parmi nous, nous observent, nous protègent et nous guident, ils connaissent nos intentions et jugent nos actions, nous leur devons notre salut quotidien et nous devons éviter leur colère qui n'engendre que malheurs et catastrophes...leurs âmes qui habitent les étoiles et les font briller nous parlent comme tu en parles à tes enfants ; ce soir, du haut de cet amas, ils ont senti l'odeur de ton sang et ont respiré l'odeur de mes encens et ne tarderont pas à manifester leur adhésion à tes projets . S'ils consentent, tu devras faire serment sur l'autel de Zelf et sacrifier sept bêtes que tu auras chassé dans la vallée interdite de Biranou, tu donneras à manger sept jours et sept nuits, tu dormiras trois jours dans les tombeaux sacrées et tu jeuneras deux jours ; ainsi ton, entreprise sera bénie et soutenue par les ancêtres et les dieux. »

 

Takmat astreint au silence, n'en dit rien et figea son regard sur le ciel dans le cercle que décrivit le bâton sacré de Gountas ; il attendait un signe des ancêtres sans savoir lequel, il eu peur de vagabonder avec son esprit ailleurs et de réfléchir à la réaction des Thalois à son projet, il voulut échapper ne serait-ce que se rappeler de la bataille ou du drame qui a touché sa cité et qui lui inspire son action mais il eu peur des yeux des ancêtres qui sont partout et qui ne dorment jamais et de Gountas qui le bouscula par les épaules et lui murmura l'ordre de concentrer ses pensées et ses réflexions au mouvement du bâton sacré.

 

L'attente fut  longue, les chiens accroupis aux pieds des maitres allaient répondre aux hurlements des loups si proches mais le bâton de Gountas ne pardonne pas, il exigea le silence absolu à tous, bêtes et humains et l'obtint en alimentant le feu de ses encens à effets redoutables, les hiboux philosophes ont arrêté de huer, loups et hyènes charmés par l'odeur magique se sont endormis, les lions se sont sentis hypnotisés, tout ce qui bouge sembla s'arrêter et apprêter ses yeux au ciel quand une pluie d'étoiles filantes dessina un spectacle émerveillant. Gountas sautilla de joie et défia l'âge, il cria honneur et gloire aux ancêtres et aux dieux.

 

« C'est le signe, c'est le signe » répéta-t-il plusieurs fois en tournant à la folie autour du feu et de Takmat...

« Allez âmes de la forêt, reprenez vie et criez, hurlez, aboyez, chantez, glatissez, grisollez, croulez, bramez, jappez, huez, stridulez, grognez, coassez, barrissez, bourdonnez, gazouillez, rugissez, grognez ; honneurs aux dieux et aux ancêtres, ils sont là et ils n'abandonneront jamais Thala et Thalois, ils nous protègeront autant que nous témoignerons fidélité et soumission à leurs modestes désirs... Toi, Takmat, témoin de ce miracle, vas dans le chemin que les ancêtres t'ont inspiré, ils te soutiennent et te protègent comme ils l'ont prouvé lors de ta dernière bataille.. »

 

Comme par enchantement, la vie a repris dans la forêt, Takmat sautilla de joie, il ne saura prononcer un mot mais au fond de lui un bonheur immense l'emporta, il a vu de ses yeux les ancêtres descendre sur terre, les étoiles filantes étaient leurs âmes, ils se sont manifesté à sa demande et à sa requête ils sont consentants.

 

 Il prit le chemin de retour, lui, les chiens et Gountas dans le même silence qui les a ramené à cet endroit. Il rentra dans sa maison sans dire mot et se jeta sur le Hsira (natte de sol faite en alfa dont l'épaisseur atteint 30 cm, plus douce qu'un matelas moderne, le Hsira est un excellent isolant thermique, tissé manuellement par les hommes qui l'ornent de dessins géométriques qui représentent la position de la famille par rapport à la tribu et aux dieux vénérés, deux couleurs essentielles sont utilisées, le jaune alfa et le marron. Dans la société berbère et vers l'an 7000 av J.C le Hsira est offert par l'homme à la femme qu'il a choisi en mariage ou à celle qu'il préfère s'il est marié avec plusieurs. Le Hsira ne se troque pas dans cette société et tout homme ne sachant pas en  fabriquer est considéré n'est pas bien vu par les femmes) et n'arriva pas à fermer les yeux ; il se perdit dans une vision qui l'emporta loin, il se vit voler à dos d'un cheval noir sur les cimes des collines sacrées d'E Char tenant la gourde des dieux à la main droite et le sabre qui lance les éclairs dans sa main gauche, il parcourut toute la région, frôla les pics de Biranou et de Lajred, plana au dessus des marécages et des vallées de Sidi Shil et de Zelfane; survola Oum Al Aroug, le Zelguem, Ain Al Khreiba, Al Krissa et se posa sur le pic de Boulahneche, Zelf l'attendait avec un sourire étrange, il le reconnut par les deux serpents géants qui l'accompagnaient ; à peine ayant posé les pieds sur terre que le cheval volant disparut dans les cieux à la demande de Zelf, Takmat frissonna puis voulu montrer son courage, il dégaina son sabre et le pointa vers les serpents, sa main brula soudainement et son corps sembla s'affaisser quand un grondement de tonnerre envahit l'endroit, Zelf lui fit signe de s'assoir et de regarder au Nord et lui dit :

 

« L'affront des ancêtres est pure trahison châtiée par le feu, l'aveuglement et la démence ; tu viens de perdre le sabre sacré car ta peur t'en a inspiré ; nul être au cœur fragile ne survive au désarroi, mais toi Takmat, tu auras une autre chance ainsi les anciens ont décidé ; tends ta main que tu crois brûlée à ma droite tu en auras protection et monture car au fond de toi vit Thala et ses enfants. Regardes, cette direction (visant le Nord) tu as des frères de sang et des amis qui te tendront la main et auxquels tu devras te rallier mais sois prudent car de la même direction souffleront aussi les tornades meurtrières et cette direction (visant le Nord-Ouest) sera une porte difficile à garder, que les chasseurs y fassent attention et que les sentinelles ne quitteront jamais... »

 

Takmat voulut parler et voulut poser des questions qui l'intriguaient mais sa voie sembla être étouffée, quand il tendit la main vers la droite de Zelf, ce dernier disparut dans un nuage, il soudain sentit un serpent l'entourer et semble s'envoler avec lui dans les cieux, Il lança un cri terrifiant  qui réveilla toute la famille de sa maison, ses femmes accoururent vers lui, il était trempé de sueurs froides et délirait des syllabes incompréhensibles. Sa fille Chinta posa sa tête sur ses épaules et lui souffla des mots tendres dans les oreilles ; il se réveilla étourdi et surpris. Il se leva et ordonna qu'on prépare les offrandes du conseil, tout s'afféra dans la maison dans ce dernier quart de la nuit et tout le monde se mit à préparer les mets de viande séchée  qui sera enduite de miel, d'autres préparaient les jarres de lait.

 

Takmat sortit s'assoir sous le pin géant de sa concession, partagé entre la peur de son rêve et la coutume qui lui interdit de le raconter au public si le sage ne l'autorise pas ; il doit attendre sept jours pour le faire et si le sage l'autorisera, il doit faire une offrande publique pour gagner l'estime des dieux et des ancêtres...Il commença à hésiter, ira-t-il au conseil des sages qu'il a convoqué ou renoncera-t-il ?    à suivre...



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Publié dans Histoire

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